19 septembre 2013

Exposition de fin de résidence





COMMUNIQUE DE PRESSE 


Chassés croisés et pas perdus 
« Chassés croisés et pas perdus » est la prochaine exposition de Maïa Jancovici, artiste plasticienne diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris. L’exposition sera visible à partir du 19 septembre 2013 à l’hôpital Paul Brousse de Villejuif. La série d’oeuvres présentée a été réalisée au cours des sept mois de résidence de l’artiste, installée au coeur d'une unité de soin Alzheimer. Cette expérience sera partagée lors de la journée mondiale Alzheimer du 20 septembre 2013. 

Le contexte 
L’exposition de Maïa Jancovici est l’aboutissement d’un travail mené en résidence au sein d’une unité fermée de soin Alzheimer. Pendant sept mois, l’artiste, soutenue par diverses institutions et notamment par le Conseil Général (bourse d’aide individuelle à la création), a installé son atelier à l’hôpital Paul Brousse où elle a mené son projet avec et autour des patients atteints de cette maladie. 
“La maladie transforme considérablement le rapport à l’espace et à ses usages, au corps, et à l’intégrité. Elle enferme le patient hors du lien social, hors de lui-même et de sa propre mémoire, et l’exclut du rapport au monde. L’enfermement protège, prend soin, mais proscrit, contraint.”  (Notes de travail, M. Jancovici) 
Installée au coeur de l’unité Alzheimer, Maïa Jancovici a créé une série d’oeuvres dessinées sur la question du territoire et de ses singularités. 
La quotidienneté de sa présence et ses temps d’ateliers de dessin-peinture avec les patients lui ont permis de participer à l’amélioration du quotidien de ces personnes hospitalisées, de leurs familles et de l'équipe médicale. En faisant progresser leur autonomie et leur expression personnelle, le travail de l’artiste a permis de revaloriser ces personnes, souvent mises à l’écart. 
Les nombreux bénéfices largement reconnus par les équipes hospitalières, participent à la nécessaire évolution du regard sur les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Cette expérience sera partagée lors des tables rondes organisées à l’hôpital Paul Brousse dans le cadre de la journée mondiale Alzheimer. 

Le travail de l’artiste 
Maïa Jancovici est artiste plasticienne, diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Son travail engage le spectateur dans sa relation à l’espace environnant autour des questions de territoire et d' appropriation, avec poésie et humanité. 
Le travail en situation est inhérent à sa pratique. S'installer au coeur du lieu lui permet de l'appréhender sensiblement et de définir par le biais de l'oeuvre un territoire en mettant à jour ce qu’il a peut-être d’essentiel. Indissociable des problématiques fondatrices et récurrentes de sa recherche, la question de l’enfermement parcourt son travail. Elle a donné lieu à de nombreux projets en milieu pénitentiaire tels que : « Double Sens » à la Maison d’arrêt de Fresnes. 
A l’hôpital Paul Brousse, Maïa Jancovici s'est installée au coeur d'une unité Alzheimer afin de s'inscrire dans son quotidien et de travailler au plus proche des patients. 
Continuant sa recherche sur les questions de territoire, elle a ici souligné la singularité du lieu et de ses habitants. Dans ce contexte où le corps est, de par la maladie et l'hospitalisation, contraint, le questionnement est directement ancré dans la physicalité du lieu. 
Au fil des mois, une re-connaissance s'est faite, des liens se sont tissés. Au fil des couloirs arpentés et des déambulations partagées, des lignes sont tracées, des postures sont saisies, des bribes de conversation sont notées, hautes en couleur et en étrangeté. L’oeuvre finale se veut hors du sentimentalisme et s’inscrit dans une démarche épurée, comme pour fixer avec clarté, l’esquisse, toujours revisitée, de cet environnement épars. 
Les oeuvres de l’artiste seront exposées à l’ancienne pharmacie de l’hôpital. Celles des patients au Forum du pôle gériatrie. Des textes, vidéos et dessins illustrant avec poésie le quotidien des patients sont également en accès sur le blog du projet : http://territoires-a-compter.blogspot.fr/. 

Ateliers de dessin avec les patients 
L’artiste n’a pas travaillé sur la maladie mais avec les personnes et sur leur espace de vie, au sein d’une unité de soin fermée. Elle a privilégié la relation avec les patients et s’est immergée dans leur quotidien afin de les impliquer dans un processus créatif, en lien avec les soignants et les familles. Les bénéfices sont certains et visibles pour tous. Et le travail de l'artiste comme les dessins réalisés en atelier commun reflètent bien les bienfaits des ateliers. 
Dialogues en ateliers : 
M – « Je suis contente d’être là avec vous » 
Mr Draper – « Moi aussi, c’est exactement ce qu’il me fallait, le dessin. » 
Irène – Moi, ça me tranquillise (…) 
Plus tard, Irène entre seule à l’atelier. 
« Ah…quand je rentre ici, j’ai l’impression d’ôter ma vieille peau en plastique, et de respirer enfin. » 
Grâce à cette approche, sensible, elle a pu voir apparaître la personnalité de chacun. Les oeuvres, empreintes d’émotions discrètes, parlent d’eux. 



INFORMATIONS PRATIQUES 
« Chassés croisés et pas perdus » 
Hôpital Paul Brousse, 12 Avenue Paul Vaillant Couturier, 94800 Villejuif 

Vernissage le 19 septembre 2013 à partir de 18 heures. 
Ancienne pharmacie, bâtiment Galien, porte 56. 
Exposition du 20 septembre au 20 octobre 2013, de 10 heures à 18 heures et sur rendez-vous.  

Journée mondiale Alzheimer : 20 septembre 2013. 
Colloque - tables rondes “Comprendre et aider“, Hôpital Paul Brousse. 


18 septembre 2013


Extraits  des oeuvres de Maïa Jancovici présentées à l'exposition Chassés croisés et pas perdus du 19 septembre 2013 à l'Hôpital Paul-Brousse:


Face(s) - Série de 12 dessins - impression sur papier et crayon de couleur - 21 x 29,7 cm












Chassés croisés- Série de 15 dessins - crayon de couleur - 21 x 29,7 cm


La mort du petit cheval - 24 juin 2013


A forte voix - 8 décembre 2012

Travail d'équipe - 20 juin 2013


Histoire de chaussettes - Jackie en amour I - 17 décembre 2012


Les travaux des patients réalisés avec l'artiste et présentés dans une exposition parallèle au forum de l'hôpital sont visibles dans les articles précédents de ce blog. 

L'ensemble des textes du journal tenu au long de la résidence ont été repris et rassemblés dans une publication “ Pas perdus" disponible auprès de l'artiste et de l'hôpital.

28 juin 2013

FIN


Ce matin, Irène qui m'appelle l'artiste de puis quelques jours, me nomme par mon prénom !! Cela fait d'elle la seconde à le faire, après Tina- Fanny.


Dernier jour. Il a bien fallu plier bagage et dire au revoir. Leitmotiv devenu présage. Tous ensemble, nous souhaitons mon retour.

En attendant,
La boucle est bouclée, dernier atelier collectif en salle manger, et dernière réunion -gourmande- en salle d'activité... Tout comme au premier jour.
Notre mur de dessin redevenu tout bleu a semé la tristesse. Alors comme promis à V. , je le recouvre d'une fresque collective colorée.
Attablés à 10, la feuille tendue sur les tables,  nous avons collé mes dernières silhouettes, chacun a pris son temps, et choisit ses couleurs.
Une façon comme une autre de faire le deuil ensemble ...

25 juin 2013

Dessins de juin


Tina- Fanny


Tina- Fanny



Tina- Fanny


Filippo


Cocotte

24 juin 2013

Bruits de couloir


Olivia et Tiphanie “allègent le bazar“ chez monsieur Zébulon.

Ca se bouscule après le déjeuner. Madame Crasq essaie de filer à l'anglaise. Monsieur Draper ne réussit pas à se frayer un passage. Il est bloqué “je peux rester avec vous ?“
“Si on tue quelqu'un, c'est la mort du petit cheval, vraiment“ dit Irène.
Tiphanie les bras croisés observe tout ce petit monde avec le sourire.

Les regards circulent, il fait lourd. La musique classique de Monsieur Zébulon ne berce personne.
Madame Crasq est rattrapée par C. la psychomotricienne. Celle-ci veut lui montrer ses terribles hématomes : “en tournant, il y a une glace au bout, venez avec moi“. Peine perdue.

Je poursuis mon dessin, une ligne colorée par personne. Aujourd'hui Monsieur Draper circule en pointillé. 
“Toi, tu fais ton petit truc pour toi, c'est bien. Mais c'est mieux quand on fait pour tout le monde.“ me dit fortement Irène.

Une heure après, nous sommes main dans la main.
Irène “ - tu es la personne la plus captivante.
M - On se comprend toutes les deux.
Irène - Oui, ça passe le temps. Les cargos en haut, ils vont arriver parce qu'il y en a qui arrivent dans les chocolats.“


Olivia et Paul partent arpenter...cahin caha.


14 juin 2013

Questions - réponses


La conscience de la mort, de la disparition.
Devenus autres.
Destins communs.

10 juin 2013

Suzon


Hier Madame Hautey, ma Suzon, me visite.
Toute sourire, elle me reconnait bien elle aussi. Elle le dit même à son mari.
Elle embrasse mon grand dessin avec précaution. Je lui montre la photo de ce moment volé, elle ne se reconnait pas, je lui demande si elle y voit un peu sa mère ?
" Ah non maman, c'est l'oiseau rare. Comme j'étais pas amoureuse, fanfareuse, ça me fait du bien." 

29 mai 2013

Lilas est sens dessus-dessous.


Lilas est partie il y a deux jours en long séjour au 4ème. Je vais la chercher aujourd'hui pour lui proposer le dessin. Elle m'accueille avec autant de joie que d'habitude, et accepte immédiatement de descendre dessiner avec moi. Elle est tout à la fois comme d'antan droite et digne, et fortement confuse , délaissée...
Arrivée dans les couloirs, elle contient à peine son énervement peut être par le retour – arrière- à l'unité VH, mais que d'étonnant à cela?
Sitôt la porte de l'atelier franchie, elle s'apaise et notre complicité protégée est retrouvée.
Elle semble avoir beaucoup perdu de ses capacités*. Dans sa bouche, les mots se mêlent, échangés. Un peu comme madame Hautey. La blonde suit la brune.
Elle fredonne pour parler aux oiseaux du dehors, et semble converser avec eux...
Elle dit avoir " beaucoup de plaisir à être ici", manie le pinceau trempé dans le doré. Elle se réjouit avec moi de cette séduisante couleur. Elle contemple longuement la peinture sur le pinceau; en amas, "surtout ça tu vois j'aime bien“. Elle tapote le pinceau avec soin, tourne, caresse, toute au plaisir du geste, si sensuel et déterminé – chez elle; et cette fois éternel. Elle commente tous ses gestes. " Ohlala, qu'est-ce qu'on entend, des pétales, des pétales, c'est très joli." Parle-t-elle des pétales sur sa feuille ou des bruits du dehors? Tout s'entremêle mais dans son sourire.
"L - Ce qu'il ya de plus terrible, c'est que ça (ce travail, ces dessins), ça ne se voit pas. Après ça donne moins de valeur.
M - Oui, je suis d'accord. Mais ce qu'il faut en retenir, c'est la beauté de l'instant.
L- Et je suis très contente de pouvoir le prendre. C'est vraiment tout à fait ce qu'il me faut. Cela me plaît beaucoup."
Et elle me nomme Séraphine.

Il n'y a de sa part aucune forme de résistance à peindre cette fois.
Elle est dans la contemplation et le plaisir partagé.
Elle réfléchit avant de continuer, de poser touche et couleur suivante. Elle réfléchit vraiment.
On chuchote, on murmure, pour ne pas sortir de cet état de grâce.
Elle me parle de fleurs et du printemps, je lui propose du vert. Et un titre se dessine, “ fleurs d'ailleurs", “la fleur d'or" (entendre la fleur dort). En renversant le dessin, fleur tête en bas, lilas réussit à lui faire des tiges.D'un point vert à un autre, une prairie, un feuillage se forme.
Les yeux de Lilas se ferment et donnent raison à son titre...

“La fleur dort“- Lilas



Lilas


*Je revois lilas à plusieurs reprises le mois qui suit, elle me semblera alors beaucoup mieux; fidèle à celle que j'ai connu, avec toutes ses capacités. Sans doute ses déficiences notées le 29 mai, étaient elles dûes au “déménagement“, nouveau lieux, nouveaux visages, nouveaux soignants...

22 mai 2013

Mine de rien


Monsieur Zébulon  s’acharne à faire nettoyer ses lunettes, pleines de buée. Une fois, deux fois, douze fois, vingt fois ... La patience infinie d'I. et A. 
Monsieur Didot qui vient et regarde le mur comme s'il était couvert de neige au dehors.

On peut tous parler espagnol.

Tina-Fanny “ Je suis née le 9 septembre 1933, tu sais où ? A Casablanca, c’est beau.“

PLus tard, M à Tina-Fanny : 
M - “Vous savez, Tina-Fanny, vous êtes la championne. Vous êtes venue à l’atelier 13 fois.
T-F - Je pourrai revenir encore ? 
M - Bien sûr 
T-F - Je vous offrirai un beau bouquet de fleurs “
Et elle part aussitôt … Ramenée par F, elle se réinstalle, mine de rien.



Le mystère est résolu. C'est Filippo qui a arraché ses dessins.




18 mai 2013

Blonde et brune


Blonde et brune - main dans la main


17 mai 2013

Sommet


Tous à cran devant l’entrée.
Madame Hautey chante -à juste titre “C’est la lutte finale“. 

16 mai 2013

En paix


Irène, en entrant : « Il n’y a pas d’ondes mauvaises chez toi … »
M – « Je suis contente d’être là avec vous »
Mr Draper – « Moi aussi, c’est exactement ce qu’il me fallait, le dessin. »
Irène – Moi, ça me tranquillise (…)
Plus tard, Irène entre seule à l’atelier.
« Ah…quand je rentre ici, j’ai l’impression d’ôter ma vieille peau en plastique, et de respirer enfin. »

13 mai 2013

Retour de lilas

Lilas est revenue de bien loin mais bien de retour parmi nous. Elle m’accueille illuminée. “Ah ma chérie, te voilà, quel bonheur !“, elle m’embrasse. Il n’est plus seulement question d’avoir une place dans son paysage mais aussi dans son cœur.

10 mai 2013

Beaux jours

Irène à Lilas:
“- Alors, les grandes vacances, ça va être quoi ?
- T’as posé tes dates déjà ? “

9 mai 2013

Dessins d'Avril - extraits


Madame Hautey

                                   
Maguie


Monsieur Hima 




Madame Naules - 1


Madame Naules - 2

Madame Naules- détail du 2

Madame Naules - 3




Lucio


Lucio




Tina Fanny

Tina Fanny

Tina Fanny


Tina Fanny




Marie-Françoise


Marie-Françoise

1 mai 2013

Dessins de Mai

Filippo

Tina-Fanny



Un aigle - Tina-Fanny

Tina-Fanny


LIlas



LIlas

Lilas

Lilas

21 avril 2013

Week-end

C'est mon premier samedi. L'hôpital baigne dans le calme. L'unité le paraît. J'imaginais trouver une autre équipe, devoir me présenter. Mais rien n'est différent, si ce n'est peut être un certain état d'esprit et la présence nombreuse des familles. Les couloirs sont ou semblent occupés différemment, les patients plus tranquilles?
Je prends le temps autrement, de déjeuner avec l'équipe, de participer aux transmissions aussi. Je me sens maintenant suffisamment intégrée pour ces temps collectifs de détente et de travail.

L'air souffle et conduit dans le grand couloir, des patients inhabituels devant l'atelier. Madame Rissaut énervée, martèle de ses talons, ressasse “ y a personne ! et moi, on me garde! ça alors!“. Albert se balade calmement. Monsieur Dix compte dans sa barbe, à n'en plus finir. Madame Bau est dorlotée par M** , tandis qu'Irène est vêtue de printemps. Je m'incline une fois de plus devant la patience des équipes. En terre de Max et des maximonstres*.

La croix du motif peint, leur croix à porter.  



*  livre pour enfants de Maurice Sendak.  Rêves, et terres imaginées.


 

20 avril 2013

A couper au couteau

Je me rend compte de la similitude étrange entre ces soeurs ennemies. Nette. Finesse du corps, franchise de l'esprit. Brune, et blonde. Douces, modestes, hautaines, dominatrices. Toutes deux? Fin des faux semblants. L'empreinte a pris. Malgré le vent, partial.
Face à face, je suis plus ou moins au milieu. Pas de réticence. Le contact physique est forcé, l'habitude surpasse les possibles dégoûts ou déplacements d'une intimité réservée aux proches. Entre ce que je dis et ce que je fais, la proximité augmente; entre ce que vous dites et ce que vous faites, il y a parfois une montagne, parfois un grain de riz. Sec, et sonore. Comme le rire de la brune. Et le fini dans ses yeux en larmes.
Il est toujours question de consoler l'inconsolable. Ce matin ma fillette me demandait si elle serait triste quand je serais morte. Et si elle penserait moi et moi à elle.
Blonde, l'écho de ses yeux illuminés; ses mots tendres et fluides qui accompagnent mon arrivée matinale. Répondre sans accentuer les différences, sans susciter la jalousie. Et pourtant sa possession me possède. Blonde. Et l'attachement qui vient petit à petit pour la Brune. Me reconnait-elle un petit peu maintenant?

19 avril 2013

Marco part à lafontaine

Marco part à en long séjour avec son épouse. Ce n'est qu'un au revoir.
Derniers dessins.








18 avril 2013

Douce garde


Paul vient pour la première fois ici. Se poser.
Lilas est énervée, déçue par sa peinture.
Tina-Fanny, enjouée, progresse. Toujours accompagnée de ses motifs d’enfance. Longue séance à peine troublée par la visite de sa famille.
Filippo est triste, songeur. Il ne dessine pas.

Et moi ? On ne me demande jamais ? Moi ça va. Bien. Au boulot. Sous bonne garde...
Je dessine, mesure, en musique. Filippo est là, tout près, enfin paisible.
Lilas revient de très mauvais poil, grogne contre la musique. Posée et soudain toute sourire : “Ça va ? Le weekend ? C’était mieux ?“ C’est doux, éternel.


15 avril 2013

OIseaux d'avril par Madame Bau

 Grues japonaises - Madame Bau


 Oie -Madame Bau


Long moment concentrée dans l'atelier. Besoin d'air et de contact humain. 
Saisie au vol par Madame Hautey qui m'entraîne dans une conversation et déambulation possessive, j'enregistre ses mots amalgamés à la fois touchants et coquaces.  Parce que justement ils me font sourire, et me donnent envie d'écrire.*


Deux par deux, sous la télé, chacun. “Je me parle, heureusement, ça fait du bien“ dit Maguie, toujours un peu inquiète.  “Et l'oiseau rare !“ râle Lilas, gênée par les cris d'un autre pensionnaire. De mon fauteuil, où j'ai cessé de me faire toute petite pour appartenir au paysage, je suis comme au théâtre. Je reçois, fascinée, cette physicalité en plein visage.
A chaque passage de blouse blanche, Maguie chuchote “ y en a un qui approche “, “encore un autre maintenant“, prise de vertiges devant cet inconnu arrivé en force... Le rassemblement est progressif, les voix vite étouffées par le bruit des couverts.


Ils sont plus tard nombreux à marmonner avec le voisin. Tous à la recherche de la sortie. “Ça m'attend au dépourvu“ me dit Lilas, “ Ne cherches pas, toi qui n'a rien dans la tête“.



*Fichier son à venir bientôt sur le blog.

14 avril 2013

Au fond du palais

Moi je suis ici au fond du palais - Lilas

8 avril 2013

A propos de William Utermohlen, 
artiste-peintre atteint de la maladie d'Alzheimer

En écho : le travail de Barbara Manzetti

http://www.franceculture.fr/personne-barbara-manzetti.html


L'angoisse de la page blanche

De nombreux ouvrage sur les personnes âgées désorientées expliquent que celles-ci n'auraient pas le même rapport que nous autres à la page blanche. Ni angoisse, ni appréhension, ni... Ayant pour ma part l'habitude de dessiner avec des personnes n'ayant peu ou pas dessiné auparavant, je note que les patients atteint d'Alzheimer demeurent comme tout un chacun dans cette situation. Il est pour la plupart d'entre eux difficile de commencer, qu'il s'agisse de choisir un sujet, et même plus encore un matériau, ou une couleur. A cette appréhension, ou même à ce vide, s'ajoute souvent la conscience de leur maladresse physique due au grand âge (difficulté de préhension, déficience visuelle, etc), et le souvenir si lointain ( 70-80 ans!) du dessin à l'école.  
Il faut dans cette optique préciser deux choses :
- Les personnes ayant pratiqué le dessin, ou une activité artistique ou technique équivalente ( broderie, dessin technique, etc) n'ont aucun mal à se lancer, retrouvant un plaisir, une technicité, même oubliées.
- Les choses diffèrent de bien entendu en fonction de l'âge de chacun , et du degré de la maladie dont il souffre.

Ne pas offrir (trop) de choix (couleur, crayons, etc) - semble être la façon la plus appropriée de les aider à entrer dans le dessin. La question du choix, de la multiplicité des possibles paraissant au départ insurmontable, angoissante, et les vouer à l'échec. Je prends donc le temps de repérer leurs réactions face à mes premières propositions. Je rebondis sur leur sentiment premier. Et je mets ainsi en place pour chacun une petite palette*1 de couleurs qui lui sied. Puis au fur et à mesure des séances, j'élargis doucement cette palette par l'introduction d’une nouvelle teinte. Ou de deux, et ainsi de suite. Mais de façon très espacée et douce afin de ne pas brusquer ni imposer un choix ; je fais en sorte que la décision (adoption ou refus) leur appartienne et soit consciente.

L’angoisse du commencer est moindre lorsque je pré-trace une image ou leur propose de coller un de mes portraits dessinés avant. Cette pré-image fait office de support *1. Il y a alors juste à continuer et la question du je fais quoi ? est différente et moindre. Moins prégnante. 

Une certaine aisance se développe au fur et à mesure des ateliers ; la volonté, exprimée verbalement ou par le geste (si anodin pour nous de saisir l'outil qui nous fait envie, ou dont nous avons besoin), la désignation ou l'affirmation (du oui ou du non) viendra plus facilement pour la plupart. 

Ils ont besoin d'être en confiance, et dans l'intimité (douceur, calme, tranquillité) qu'elle soit collective ou mieux individuelle. Ils ont besoin du maximum de mon attention, de mon approbation, et sans doute de mon affection. L'atelier devient une sorte de refuge, dont ils apprécient et disent la tranquillité. Ils peuvent alors se concentrer, se laisser aller dans le dessin, être happé par le geste (parfois comme sous hypnose). L'aspect physique me semble en effet primordial, plus que la couleur, ou la représentation,  qui semblent leur importer moyennement. 

La recherche d’une harmonie colorée, peut être envisagée mais toujours sous ma houlette, jamais, me semble -t-il, directement et en premier lieu par eux. (Tina-Fanny, et Maguie exceptées.) 
La question du mélange des couleurs (fabriquer ses couleurs) me semble toujours*3 impossible à mettre en place.


*1 lire http://territoires-a-compter.blogspot.fr/2013/03/avec-la-psychomotricienne.htmlarticle
*2 palette : ensemble des différente couleurs ( et non -ici- support de mélange)
*3 encore aujourd'hui ( après 4 mois d'ateliers)
Elle se joue jusqu'à présent ainsi: Lorsqu’ils disposent d’une palette ou plusieurs pots, rares sont ceux qui prendront attention à ne pas faire de mélanges abusifs sales inapproprié et totalement hasardeux en mélangeant par exemple systématiquement avec le même pinceaux dans tous les pots... ( d'ou la nécessité pratique de les faire soit en petit quantité soit d'utiliser des palettes individuelles. Mais nombreux sont ceux qui aiment le geste du pinceau que l'on trempe dans le pot, et que l'on essuie sur les bords avant de le poser sur la feuille.) 


31 mars 2013








Héros - III

Il est temps de faire le point sur les héros du moment :
Pour ce qui suivent:
- Maguie est toujours là, vétérante et assidue à l'atelier. Elle a des petits moment de faiblesse, de perdition, puis retrouve son espièglerie vite fait bien fait. ( lire Maguie et le dessin )
- Lilas aussi. Après une très vilaine semaine, durant laquelle elle n'a plus eu goût pour la vie, et nous a fait craindre à tous sa disparition prochaine, elle est de nouveau bien présente. Notre relation évolue, elle m'accueille maintenant avec une belle joie, et semble m'avoir fait une vraie place ici et dans sa mémoire. Le dessin reste avec elle une bataille à couteaux tiré mais cela en vaut la peine. Nous avançons, en grand format, et dans la continuité d'une séance sur l'autre.
- Miguel chante toujours. je m'en rapproche doucement. Je n'ai pas fait d'atelier avec lui. Il part bientôt en long séjour.
- Irène, accumule les inquiétudes avec une conscience décalée. On m'a relaté son passé dépressif. J'ai peine à y penser...
- Odile, est venue à l'atelier. Emmenée plus de force que de gré par sa famille. Elle grogne, “n'aime pas le dessin“ mais s'amuse à nos côtés et se “repose au milieu de toutes ces belles choses“. Sacré personnage, sacré bonne femme.
- Madame Rissaut me rappelle la sorcière de mon enfance. Elle est capable de métamorphose ; sa discrétion disparaît alors pour assaillir son audience d'une voix qui vous cisaille les tympans.
- Monsieur Z, perdu sans sa radio!
- Madame Bau. Au départ si douce, elle repousse maintenant toute l'équipe avec mépris. Reclue, repliée dans le silence. J'ai quelque peu honte de l'avoir délaissée pour suivre l'opinion commune.
- Madame Pier, n'est pas revenue a l'atelier. L'échec et l'inquiétude lui sont quotidiennement trop pesants.
- Madame Naules, de mauve vêtue, dessine des lignes fines, sans discontinuer... Mais toujours prête à dé-gommer.
- et Marie-Françoise, fragile et attachante, surnomme “ ma petite reine“ toutes celles qui lui témoignent de l'attention.
- J'allais oublier Monsieur Hima. Chamboulé et seul depuis le départ de Jackie. Il me raconte son passé de travailleur métallurgiste.
- Et Alain Draper qui a perdu de son panache. Abimé par son mal de dos, rejeté par toutes ces dames depuis son histoire avec Liliane ( la solidarité féminine n'a pas d'âge). Et faisant preuve d'une agressivité et autres, qui le rendent aux dires communs peu fréquentable. Une agitation continue ne lui permet pas de plus de tenir dans l'espace du travail et de l'atelier. 

Sont arrivés :
- Tina-Fanny. Jolie comme un cœur du haut des 80 ans ( mais rien de naturel messieurs dames, que du neuf ; ceci explique cela.). Douce et joueuse comme une petite fille. Le dessin la tire de son lit. Autonome, et concentrée face au chevalet ; là plus rien n'est faux, face à son trait, à ses couleurs et à ses souvenirs d'enfance qu'elle me murmure comme d'autres fredonnent.
- Madame Mapiaud, qui trotte, sourit, dessine aussi l'enfance, sa normandie.
- Madame Hautey, princesse cleptomane, arpenteuse de caractère. Et notre exploit et confiance commune, début d'une peinture paysage en attendant “maman“.
- et d'autres ladies et gentlemen, que je ne côtoient que peu, à suivre au chapitre suivant.

Sont partis :



- Eko est toujours aussi nuageux, et de plus en plus souvent plongé - ou ? Très haut- dans un sommeil religieux. Parti en long séjour. Disparu pendant son adaptation, il provoque la course, l'inquiétude et met la police à ses trousses. Retour illuminé d'un large sourire, peut être amusé par son jeu de cache-cache ( il n'avait pas bougé de l'étage, pourtant fouillé de fond en comble.)
- Jackie Serton, qui finit par être la seule à connaitre mon prénom, toute fière. Nous discutions bien, toujours un peu comme deux fillettes qui jouent à la marchande...
- Madame B, Sonia. Elle n'a jamais voulu redessiner. Son mari décédé il y a peu. Tristesse. Départ hier en long séjour. “ Alors, je  ne vous verrais plus?“ me dit elle des trémolos dans la voix.
- Marco, aussi vient de déménager en face, en long séjour à Lafontaine. Avec sa femme. Je suis allée le chercher sur les conseils du docteur Trivalle, mais la séance a été difficile. Son chagrin a gagné un terrain terrible. Sacré.
- Madame Ail, est rentrée chez elle. Souriante et douce. elle va me manquer.
-  Madame Trevor, toujours souriante, et attentionnée pour tous. Est rentrée chez elle. Pimpante.
- Et depuis longtemps, Rose Desmarais, repartie avec son mari. Pascale Missat, en long séjour, n'est pas revenue aux ateliers avec sa fille. Gustave Hart, lui, vit maintenant en maison de retraite mais n'a pas cessé de hanter coeurs et couloirs.



24 mars 2013

Mortels

La mort rôde et choisit. Sans rendez-vous.
Lilas va doucement mieux. 
Madame Vraht a sombré doucement dans le murmure, et nous a quitté.

18 mars 2013

LIlas & Co



Deligny


Replongée dans l'univers et la pensée de et autour de Fernand Deligny.
Résonances, miroir de l'espace d'Alzheimer, tel que je le travaille ici.




15 mars 2013

Lilas

Lilas



























Lilas est extrêmement faible ces derniers jours. Elle ne s'alimente presque plus, la fin semble proche.  Mais hier son sourire a illuminé mon après midi. Et peut être mon affection la sienne.






Belle au bois dormant
Lilas





“Chaque voyage est un voyage circulaire...“


Il y a quelques jours, longue discussion avec le fils de Madame Vraht. 
Source des réflexions suivantes :

Chaque voyage est un voyage circulaire...“
- A propos des déambulations.
Quelque soient la durée, les détours, la vitesse, les rencontres, embûches, stations, décisions ou égarements, la boucle est là, irrémédiable dans ce lieu clos qu'est l'Unité.
A se demander comment la plupart des patients semblent garder leur calme ; et à quel point leur enfermement est aussi source d’angoisses, d’abandon, et de symptômes. Ceci dit sans porter de jugement car ces questions d’enfermement ont aussi leur point Godwin (quelle autre alternative proposer à l'enfermement ?).
...un retour au point de départ.“
- Pour certains, il y aurait une forme de retour à l'enfance dans la vieillesse. Le raccourci (pour boucler la boucle?) me semble imparfait. Qu'il soit question du développement de la personne, comme en ce qui concerne le dessin. Régression, fragilité : oui, mais retour ? Non.
- Des contours et cercles dessinées, peints et récurrents. (Voir les images précédemment publiées. On observe aisément ce qui est souvent symptomatique des malades d’Alzheimer, le contour récurrent, difficile à dépasser, à contourner.)
...
Et puis, de cette circularité, autour d’un visage, d'un corps connu et contenu, nous parvenons à l'icône. Adorée à sa manière, protégée*1 sûrement. Geste religieux ou vaudou...

Et face à tout ce blanc -contour de leurs contours- comme une parure, une armure, contre d'inconnus desseins, nous discutons de la réserve*2.  Elle commence ici autour des portraits dessinés que nous collons sur le papier. A eux ensuite d’aller au-delà, d'en franchir le contour, d’entrer dans le vide, et de s'approprier ce territoire. A moi de les y accompagner. Ladite réserve peut se voir inversée si ils peignent à contrario, autour du portrait dessiné-collé qu’ils laissent alors vierge... Y a t-il un sens à tout cela ?

Entre le dernier dessin de Maguie ( nuages violets), les cerises de madame BAU*3, et l'angoisse de certains, du blanc au violet, l'ultra-violet, spectre du visible. En sous titre (pas) terrible. Au delà de l'attitude*4 de certains, nous est donné la visibilité d'une conclusion. Qui ne peut être apparentée, hélas, au cauchemard.
Du blanc au violet, large spectre d’un visible perçu par eux seuls, dessins de l’indicible ?
Délirium possible.


Nous terminons autour de Malevich.



*1 Il s’agit de ne pas se mettre en péril, de se protéger de l’extérieur. Repli sur soi, peur du contact, de l’inconnu,du vide - constat d’échec. Et là aussi on tourne en rond : la peur, le repli font diminuer les contacts ; lesquels plus rares sont plus difficiles, et plus vécus comme échecs. Etc.

*2 les espaces où le papier est laissé délibérément vierge. Et qui peuvent permettre de  au dessin d'exister dans un espace,  aux nuances, luminosité et aux couleurs de ressortir.

*3 accrochage du 19 février

*4 (spectrale??)